Vincent Ooghe

29 luglio 2013 · Gaia Puliero

L’alternative à la crise. Ou comment la raconter le temps d’un café. Six questions à Vincent Ooghe.

Vincent, qu'est-ce que c'est J'aime mon job?

JMJ est un projet collectif créé avec Oumar Diaw, Fabrice Valsin et Samir Abdessaied sur un sujet original de Djiby Badiane. On voulait un programme court qui fasse rire et qui parle des jobs qui se développent avec la crise. On ne voulait pas s'arrêter à la surface des choses: mon intention était de placer cet élément "crise" au cœur du concept. Mais je voulais aussi montrer qu'il y a des gens qui s'en sortent, qui arrivent à en prendre le contre-pied Un côté positif en fait. C'est de là qu’est née l'idée d'une web série humoristique: à chaque épisode (1-2 min.) un personnage.

Un sujet complexe en un format aussi court: comment on fait?

La clé est l'ironie. On ne pouvait pas rester dans le comique, il me fallait un langage assez grinçant, qui mette une distance: ce style nous a parfois poussé loin, comme dans les allusions aux suicides chez France Telecom qu'on retrouve au sein du Loueur d'épaule réconfortante, l'épisode pilote. C'est l'histoire d'un homme qui attend les cadres stressés à la sortie des bureaux, et leur loue son épaule pour les réconforter. Mon souci était de mettre en évidence les conséquences que la crise provoque sur les personnes.

C’est le cas pour Le punching ball humain, qui à la sortie de Pôle Emploi ou des banques est prêt à encaisser la frustration des gens, ou bien pour La traductrice de Sdf, interprète dévouée de ceux qui vivent dans la rue et qui gagne de plus en plus de clients au fil des jours.

Le sujet est également au centre du Procréateur professionnel, un épisode pour lequel j’ai essayé de me plonger dans la situation d'une famille pauvre et désireuse d’enfants.

A ces personnages, qui ont posé les bases de la série, en ont suivi d’autres d’autres parfois plus « légers », mais sans jamais oublier l’objectif du projet.

D’où te vient l’inspiration de tes personnages ?

J'ai différentes méthodes. Pour certains, je laisse aller un peu mon imagination. C'est un travail d'observation et d'écoute de la société en fait. Les faits divers tragiques comme la crise qui pousse des gens à s'immoler par le feu, ça a donné L'extincteur de torche humaine par exemple. L'idée c'était de montrer qu'il y en avait tellement qu'on pouvait maintenant payer des gens pour éteindre les suicidaires. Ça pour le coup, j’espère que ça ne sera pas trop prophétique.

J'essaye de rester à l'écoute de ce qui se passe autour de moi et des changements qui s'opèrent avec la crise. Ces changements ont des conséquences sur nous et je tente pour chacun des cas de trouver le métier qui montrerait bien l'absurdité de cette situation. Comme la décoratrice de tout petit intérieur, qui aménage les placards ou les cagibis que louent certains propriétaires à des gens démunis. Ou bien le punching ball humain. La crise, c'est aussi une crise du monde du travail.

J'aime bien aussi jouer avec les mots plus simplement. Donc je prends des métiers et je les "parasite" un peu pour les amener vers un sujet que je trouve intéressant ou tout simplement amusant. Ça a donné le sportif de bas niveau ou encore la conseillère d'orientation sexuelle.

Qu’est-ce qui t’as le plus surpris dans ce travail?

La confrontation avec la réalité. Après avoir tourné les épisodes et les avoir diffusés on a découvert que certains rôles existaient réellement. A la fin des années 90 au Japon un homme se proposait comme punching ball humain : il se faisait frapper, pas forcément à la sortie des bureaux mais dans la rue. Une histoire qui lui a d'ailleurs coûté d'être quitté par sa femme.

Aux Etats-Unis, une femme louait des câlins chez elle : ce geste de réconfort, déjà une déclinaison des « Free Hugs » qu’on connait, n’est en fait que le parallèle du Loueur d’épaule.

Et en ce qui concerne le Procréateur professionnel, j’ai écrit l’épisode en m'inspirant de l'expérience d’un vrai, un allemand qui s’était inventé ce job.

Bluffant!

C’est incroyable, tu peux inventer les situations les plus absurdes pour découvrir qu’elles existent déjà, quelqu’un l’aura fait. Tu te dis « le monde est fou » !

L’imagination de l’homme n’a vraiment pas de limites, en tout cas pour ce qui est de la survie : le travail a pris le rôle essentiel de notre société, c’est par ton job que tu dois trouver ta place dans la communauté. Il s’agit d’un défi difficile en temps de crise : j’ai l’impression que ce n’est qu’un début.

Les épisodes ont été diffusés sur plusieurs supports. Quel retour?

Les épisodes sont passés sur plusieurs plateformes (Dailymotion, la chaîne Youtube Rendez-vous à Paris), les gens réagissent. Les épisodes qui ont le plus choqué sont La traductrice de Sdf et La conseillère d’orientation sexuelle (ce dernier a été diffusé en plein débat « Mariage pour tous » ndlr.). Ma politique est de ne pas répondre : je laisse couler, car tu ne peux pas contrôler le flux ni rééduquer les gens, en tout cas ce n’est pas mon rôle. On peut rire de tout, quand on sait faire la part des choses. Le problème, est qu’aujourd’hui on perd énormément de liberté : je vois de plus en plus de gens autour de moi qui n’aiment pas leur boulot et qui n’aspirent qu’à démissionner pour trouver quelque chose qui leur amènerait une qualité de vie supérieur. Mais il faut bien manger donc pour l’instant, les gens courbent l’échine et encaissent. On verra jusqu’à quel point. Cette sorte d’esclavagisme moderne où le salarié est jetable et remplaçable, j’ose espérer que ça trouvera un jour ses limites. En tout cas, tout ce stress et ce désamour du travail, ça a donné le loueur d’épaule réconfortante.

D’autres séries dans l’air?

Oui, un projet personnel, pour lequel j’ai récemment obtenu le soutien du CNC (Centre National du Cinéma et de l’image animée ndlr.).

Il s’agit d’un financement important car il va me permettre de tourner les premiers trois épisodes : d’autres aides seront nécessaires pour supporter le processus de production, mais vu les coûts auxquels il faut faire face (15.000€ environ l’épisode) c’est une excellente nouvelle. Aussi parce que le genre comique n’est pas trop la tasse de thé du CNC. Le titre? Fucking French Films!

Torna alle storie

Chi compare in questa storia può chiedere di modificarla o toglierla. Contatti